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FLAG : De l'autre côté
Pour son exposition au Portique, le collectif FLAG a choisi de déstructurer l'espace initial, de le scinder afin de proposer une présentation plurielle de son travail.Pénétrant dans un long corridor dont les murs sont habillés d'affiches et de différents objets graphiques qui permettent de se familiariser avec l'environnement créatif des FLAG, le spectateur est invité à reconstituer un parcours professionnel, à s'imprégner de l'esthétique des artistes.
Différents travaux de commande sont présentés : des affiches réalisées pour le théâtre de Berne, du papier à en-tête (avec le logo du studio de graphisme), des cartes de visite, offrant un rapide balayage de la carrière du duo. Jouant sur les dimensions et l'horizontalité, l'accrochage de ce premier espace reprend, grandeur nature, les éléments importants de la conception graphique : occupation de l'espace et agencements. Les travaux présentés sont tantôt grands, tantôt petits ; ce jeu sur les échelles donnant un rythme visuel à l'ensemble. Cette première pièce est bel et bien graphique, tant dans la présentation que dans l'esprit. Toutefois, on aperçoit, dans l'un des murs, une brèche qui vient briser cette harmonie visuelle. L'exposition semble se poursuivre de "l'autre côté". Le plus peureux engagera son oeil dans cette fissure pour y apercevoir des objets, un mobilier, des photographies accrochées. Le plus téméraire franchira l'obstacle. Le visiteur est impliqué dans le dispositif : pour passer de l'autre côté, il faut enjamber cette entaille et se laisser happer par ce nouvel espace. On découvre alors une pièce sombre, baignée d'une lumière noire, matérialisation du dark side qui se love en chacun de nous. Sur des étagères de fortune reposent des cruches qui, rapidement, se révèlent être déformées, transformées pour s'éloigner de la condition première de l'objet. Une multiplicité de brocs envahit l'espace, cet objet usuel et quotidien se mue en une forme insolite, sans utilité. Les FLAG prennent alors le contre-pied du design : la cruche perd son caractère utilitaire pour retrouver une noblesse esthétique, évoquant le motif présent dans La Cruche cassée de Greuze ou La femme à la cruche de Vermeer. Le Beau prime sur la fonction ; le récipient devient décoratif. Cette ornementation est soignée : les dessins que l'on peut découvrir sur chaque pièce sont délicats et mêlent les représentations classiques (la découverte de l'Amérique) à des images résolument modernes (les immeubles). Tout est éclaté : les temporalités et époques fusionnent. Le classicisme des dessins et de l'accrochage mural s'entrechoquent avec la lumière contemporaine des dance-floors. Quant aux cruches distordues, elles évoquent simultanément les fouilles archéologiques et le détournement de la porcelaine de Delft par Wim Delvoye. L'espace est muséal : on pense à un musée d'ethnographie, à une salle consacrée à l'archéologie. Des photographies révèlent des formes, des impressions, mais, ici, le message est brouillé. Paradoxe pour des graphistes que de masquer le sens, d'empêcher la lisibilité du visuel.
Les FLAG explorent une nouvelle dimension de la création et tutoient l'art contemporain. Bastien Aubry et Dimitri Broquard nous emmènent de l'autre côté du miroir et nous dévoilent ainsi une autre facette de leur cosmos artistique.
FLAG est un studio de graphisme basé à Zurich en Suisse et créé en 2002, par Bastien Aubry et Dimitri Broquard. Bastien Aubry et Dimitri Broquard se sont rencontrés dans les années quatre-vingt-dix à l'école d'Arts visuels de Berne. Ils y collaborent pour la première fois pour la conception d’un théâtre de marionnettes expérimental. La pièce qu’ils écrivent s'inspire fortement du film Massacre à la tronçonneuse. En 2002, après des aventures professionnelles individuelles, en Allemagne et au Etats-Unis, ils reviennent en Suisse à Zürich et créent « FLAG ». Le duo travaille essentiellement pour des projets artistiques et culturels comme des catalogues, des livres d'artistes, des magazines... Les « FLAG » font aussi des dessins et des illustrations pour des éditoriaux.
Bastien Aubry et Dimitri Broquard ont une créativité bouillonnante qui donne à « FLAG » une saveur marginale et unique. Leur style bricolé, fait maison, façon artisanat vieillot où l’absurde côtoie la rigueur du classicisme, dégage une poésie décapante. « FLAG » a su développer une langue visuelle sophistiquée qui permet aux deux artistes de concilier plusieurs dimensions.
Ils sont tous les deux enseignants dans des écoles d’art suisses et travaillent pour : Addition & Adelaide à Tokyo, Hauser & Wirth à Zürich et Londres, Helmhaus à Zürich, Neue Kunst Halle à St-Gall , Swiss Institute à New York, Yomama Recordings, Stadt Theater à Bern. |