LE P O R T I Q U E CENTRE RÉGIONAL D'ART CONTEMPORAIN DU HAVRE
L P

Lilian Bourgeat

Du 12.03.2011 au 30.04.2011

C’est une ampoule surdimensionnée qui nous accueille dans l’espace, une ampoule nue semblable à celle qui orne nos plafonds en devenir. C’est donc un objet usuel, un objet domestique qui marque le début de l’exposition. Lilian Bourgeat nous parle-t-il du quotidien, de notre rapport au réel ? D’emblée, la rupture avec nos repères habituels est évidente : l’ampoule est imposante, défiant les échelles de notre environnement humain. C’est à la lumière de cet objet que nous sommes invités à découvrir l’espace, à décrypter l’exposition. Un parpaing géant entrave notre circulation, s’imposant à nous comme obstacle, comme pièce maîtresse du lieu. Plus loin, un porte-manteau épouse les formes d’un perroquet, associant fonctionnalité et forme, immobilisme de l’objet et mouvement du volatile, forme prosaïque et lecture poétique. C’est un nouvel espace domestique qui est simulé, représenté : le visiteur se retrouve réduit, passe du statut de spectateur à celui d’acteur dans une version revisitée de L’homme qui rétrécit. Pensant participer au dispositif, le spectateur ne fait que se heurter à l’impossibilité de s’y confronter : il ne demeure qu’un nain juché sur des épaules de géant. Résolument proche de l’œuvre, il ne peut l’atteindre dans sa quintessence et reste extérieur à cette matière exhibée.

Travaillant sur les échelles et le rapport de l’humain aux objets surdimensionnés, l’artiste propose un parcours dans lequel l’œuvre se joue du spectateur qui, bien que proche de cette dernière, se sent très éloigné de ces objets surdimensionnés. Lilian Bourgeat ne nous propose pas un simple agrandissement des objets, ni même un duplicata. Il rompt le prétendu dialogue du visiteur avec l’œuvre d’art pour nous interroger sur la vérité de cette dernière, sur la possible rencontre avec elle. Sous des apparences loufoques, ce travail réinvente le rapport à l’espace, à l’œuvre. Il ne faut pas se laisser duper par une prétendue simplicité et ironie dans les œuvres présentées. Il faut donc dépasser la présence physique des objets pour pouvoir, faute de saisir l’œuvre, s’emparer de la démarche artistique. L’exposition nous met sur de fausses pistes : on se surprend à songer à Gulliver ... Ce ton est renforcé par la présence des dessins du caricaturiste Vuillemin qui jettent un regard corrosif sur l’art contemporain, rejouant les pièces de Lilian Bourgeat. On n’y voit que du feu et on tendrait à se dire que, pour l’artiste, tout ça n’est pas sérieux. Pourtant, sous des aspects parodiques et comiques, se révèlent les questionnements de l’artiste : l’art peut-il s’apprivoiser ? Peut-on se l’approprier ? Y-a-t-il une vérité de l’art au-delà de sa matérialité physique ? La mystification est totale : ce sont les œuvres qui se jouent de nous et non l’inverse. Pinocchio, bien qu’absent, est bel et bien le maître du jeu et il a dupé tous les Geppetto(s) que nous sommes. Le spectateur ne peut créer l’œuvre : il peut l’accompagner, l’enrichir, mais, tel le pantin célèbre de Collodi, l’œuvre vit d’elle-même, autonome et suffisante.