LE P O R T I Q U E CENTRE RÉGIONAL D'ART CONTEMPORAIN DU HAVRE
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Expositions

Mai-Thu Perret
Les Étangs

Du 24.10.2020 au 13.02.2021

Si Mai-Thu Perret crée toujours des récits dans ses expositions, sa proposition au Portique est plus impressionniste, plus paysagère que narrative. Les Étangs, pour filer la métaphore aquatique, plonge le visiteur dans un nouvel espace-temps, où s’entrecroisent le modernisme et le tropicalisme, où les sens s’éveillent au fil de la déambulation et de l’expérimentation des oeuvres.

Les ombres d’Oscar Niemeyer et Roberto Burle Marx planent sur l’exposition havraise. Les deux complices, l’un architecte, l’autre, paysagiste, ont donné naissance à Brasilia, ville brésilienne exemplaire qui fut créée ex nihilo au centre du pays, en 1956-1960. Un geste architectural qui a fait date dans l’histoire de l’urbanisme. Niemeyer marqua aussi profondément Le Havre, livrant un théâtre voluptueux et sensuel, dont les courbes dessinent un Volcan. Les Étangs résonne ainsi avec l’histoire de la ville, son architecture, tissant une trame autour du tropical, de la modernité.

NATURE ET CULTURE

Deux étages, deux espaces d’exposition, deux temporalités, deux ambiances qui font basculer du jour vers la nuit, du diurne au nocturne. Mai-Thu Perret dévoile un parcours coloré entre jour et nuit, entre végétal et minéral, embrassant dans un même mouvement l’architecture brutaliste et la luxuriance d’un jardin tropical.

Dix grandes pièces en céramique, dix grandes feuilles de nénuphars, tapissent le sol du Portique, transformant le premier étage en un vaste plan d’eau imaginaire. L’idée de l’eau naît du dispositif, qui suggère et participe de la création d’une image mentale. Inspirées des fameux nénuphars géants, ces céramiques convoquent l’Amazonie et sa flore, végétalisant l’espace d’exposition, faisant rentrer la nature dans un lieu de culture. Si la forme mime la plante, les couleurs rompent volontairement avec la réalité, renforçant la dimension théâtrale de l’installation, soulignée par un rideau de scène dont les motifs abstraits sont d’inspiration botaniques. La nature ainsi reproduite est alors sublimée et hissée au rang d’oeuvre d’art.

DU VÉGÉTAL AU MINÉRAL

Au niveau supérieur, aux plantes tropicales chatoyantes répondent l’intimité et la chaleur d’une lumière artificielle. En suspension, deux grandes boules en papier japonais se font face. Ces lanternes peintes évoquent la chaleur de deux planètes jumelles. Au sol, des feuilles, dont la forme fait écho au tulipier de Virginie. Éparpillées, elles forment un tapis végétal, à l’instar de ces trottoirs envahis par les feuilles mortes quand sonne l’heure de l’automne. À la fois légères et envahissantes, ces représentations végétales prolongent l’histoire du paysage que narre l’exposition. Ces papiers répandus font fusionner végétal et minéral, traçant un chemin qui conduit au second espace, où trône l’un des symboles architecturaux de la Cité Océane : une sculpture en céramique, version abstraite du Volcan, convoque de nouveau Niemeyer. Cette oeuvre s’inscrit dans une continuité artistique : Mai-Thu Perret a, en effet, réalisé d’autres maquettes d’architectures modernes, célébrant ainsi de grands maîtres comme Lina Bo Bardi ou encore Katarzyna Kobro.

Entre flore et béton, l’exposition Les Étangs joue sur les oppositions, les antagonismes. Au froid du Nord se substitue la chaleur du Brésil. Au style architectural épuré répondent la richesse et l’abondance des tropiques. Mai-Thu Perret déroule un paysage aux multiples contours et reliefs, entre univers suggéré et image mentale fantasmée. Entre fidélité et trahison, l’artiste s’émancipe de ses références et modèles, s’inscrivant à son tour dans la vaste matière qu’est l’histoire de l’art.

–> Dossier de presse (6.97 MB)