LE P O R T I Q U E CENTRE RÉGIONAL D'ART CONTEMPORAIN DU HAVRE
L P

Philippe Ramette

Du 09.11.2012 au 22.12.2012

Une exposition sans titre, ou plutôt un titre en filigrane, en pointillés ... Une exposition quasi-cinématographique, jeu d’apparitions et de disparitions comme dans les premiers films de Méliès. L’œuvre de Philippe Ramette se construit en séquences : se succèdent alors des présences qui s'évanouissent, des objets qui deviennent sujets, un artiste qui se fond, se confond avec son modèle pour ne plus faire qu'un avec son œuvre. Le travail de Philippe Ramette s'inscrit dans un entrelacement, un entre-deux, un interstice, celui du territoire de l'art. L’artiste dessine sa propre carte et invente sa géographie personnelle, créant de multiples départements qu’il explore à l'envie.

À l’instar de sa sculpture L'explorateur, Philippe Ramette est toujours en quête, en recherche permanente. Son regard se pose, effleure les objets qui, ensuite, par le jeu de mises en scène, deviennent supports ou sujets. L’espace mental dessiné par l’artiste est morcelé : l’une des sphères investies est le champ photographique. Est présenté le cliché Éloge de la clandestinité, hommage à la résistance, où l’artiste se met en scène, tout en se voilant, sorte de portrait schizophrénique, traduisant la tension inhérente à la création, au jeu entre la réserve et l'affirmation de soi. Cette même retenue associée à une sorte de monstration se retrouve dans les silhouettes à l’échelle 1 dont l’artiste est le sujet assumé et, pourtant, toujours, masqué. Les pistes sont brouillées, offrant ainsi à la lecture de ces cartes artistiques de nombreuses interprétations. Philippe Ramette, tel un funambule, oscille entre se dévoiler et se cacher, entre être et paraître. Cette incertitude, ce flottement sont fièrement revendiqués dans la sculpture Éloge de la discrétion dont le titre oxymorique souligne le double mouvement de l’artiste entre reconnaissance assumée et humilité tue. A travers dessins, photographies et sculptures, Philippe Ramette, au fil de ses expositions, poursuit une même réflexion sur la place de l’art et de l’artiste, sur la recherche perpétuelle, entre physique et métaphysique. L’artiste présente au Portique une "scène", au sens théâtral, de son parcours artistique. Subrepticement, le regard du visiteur vient se poser sur ces œuvres rassemblées pour un temps donné : pause sur la bobine du temps. Philippe Ramette conçoit son travail dans une continuité discontinue : un changement immuable, un transitoire éternel. En cela, Philippe Ramette est un artiste moderne, tel que Baudelaire le concevait : « Il s’agit, pour lui, de dégager de la mode ce qu’elle peut contenir de poétique dans l’historique, de tirer l’éternel du transitoire… ». Le Portique accueille donc, dans le cadre du festival Automne en Normandie, Philippe Ramette dont le travail rencontre la thématique du festival dédiée à l'Histoire. À sa manière, l'artiste propose une lecture de la temporalité, de l'époque, conviant le visiteur à opérer une pause dans le temps pour alors se plonger dans ses œuvres. La monstration de son travail est une nécessaire suspension du temps, avant qu'il ne reprenne sa route sur le chemin de la création. Impossible pour lui de nommer une exposition, tant elle s'inscrit dans un mouvement général et une pratique démultipliée. ...Philippe Ramette... permet d'explorer un pan du travail de l'artiste. L'exposition, comme parenthèse dans la création artistique ... le temps de donner à voir et à réfléchir.