LE P O R T I Q U E CENTRE RÉGIONAL D'ART CONTEMPORAIN DU HAVRE
L P

Stéphane Vigny
Sculptures récentes

Du 27.01.2012 au 31.03.2012

Le travail de Stéphane Vigny s'articule autour du détournement, de la reprise. L'artiste déplace l'objet : soit dans un lieu, soit par rapport à sa fonction initiale ou sa signification ordinaire. Relecture du quotidien, ses œuvres rejouent des éléments existants. Mêlant culture populaire et références artistiques (la citation du ready-made est permanente dans son approche), il nous livre, pour Le Portique, sa conception de l'architecture et des matériaux. Sculptures récentes met en scène deux éléments extraits de notre environnement et retravaillés pour l'occasion.

Une sculpture en béton trône dans l'entrée du Portique. Relecture du Ceci n'est pas une pipe de Magritte, par cette proposition, l'artiste semble nous dire : ceci est ce que vous voulez que ce soit. On peut ainsi y voir une sculpture, transformant en medium artistique un matériau de construction. On peut également identifier une table, objet fonctionnel décontextualisé et revisité. Stéphane Vigny s'amuse à faire glisser le sens et le signe.

Chalet canadien envahit l'espace d'exposition, voire l'intègre en son sein car la pièce est pénétrée par un poteau qui structure le lieu. Chalet canadien n'évoque pas alors une résidence paisible, aux confins de la forêt. Ici, le chalet, dans l'espace du centre d'art, se révèle imposant, écrasant. Ce ne sont plus des rondins de bois qui constituent l'ossature de l'habitation, mais des tubes de PVC emboîtés selon une technique appelée fuste. Point de discours écologique sur la disparition des matériaux nobles ; ce qui intéresse l'artiste est de provoquer la rencontre d'un habitat classique, rustique et populaire avec un matériau ordinairement dénué de poésie car résolument associé au bricolage et aux chantiers. Ces propositions produites spécialement pour et par Le Portique ont alors une résonance particulière. Le béton employé pour la table détournée évoque le béton cher au Havre, matériau devenu noble par l'usage qu'en fit le poète du béton que fut Auguste Perret. Le chalet, lui, renvoie à une réflexion sur l'architecture et l'habitat, qui n'est pas sans rappeler le passé de la cité havraise qui dut, aux lendemains des bombardements, repenser la ville et le logement dans l'urgence, réhabilitant des matériaux peu coûteux. L'exposition Sculptures récentes se présente alors comme un prolongement artistique de l'espace urbain local. En se réappropriant des matières ordinaires pour les anoblir, Stéphane Vigny donne forme à des objets, les façonne pour qu'ils deviennent sculptures. Association, alliance et rencontre improbables, les pièces prennent alors tout leur statut d'œuvres d'art, relançant le sens, le rapport au monde et à son essence. Polysémique, le travail de Stéphane Vigny ne se limite pas à une seule lecture. Malgré l'apparente banalité des matériaux utilisés, ses œuvres peuvent être lues comme les commentaires d'un art poétique contemporain. Les correspondances et similitudes sont nombreuses, pourtant toute ressemblance avec des objets existants ou ayant existés seraient totalement fortuites. Cette esthétique de la surprise et des croisements insolites bouscule le visiteur, l'invite alors à s'affranchir de ses codes habituels pour se réinventer un regard, un rapport au monde environnant.